Amanda Holiday – Icare africain | French Translation

Amanda Holiday
Icare africain
Translated by Sonia Félix-Naix

Il tomba du ciel 

– personne ne savait qui il était

un Icare africain

sa tête s’écrasa sur les dalles irrégulières

d’un jardin à Clapham

mais il était déjà mort

gelé dans le caisson du train d’atterrissage

du 787 en provenance de l’aéroport international

de Jomo Kenyatta, depuis 2 heures, sa bouteille

intacte, tout comme son morceau de pain 


Son ami connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un

qui avait voyagé gratuitement comme ça sous un jet

jusqu’à Paris, une nuit, avait découpé les barrières de sécurité 

ni vu ni connu, couru jusqu’au train, escaladé la patte

du grand oiseau de métal, s’était glissé dans un coin avec son sac,

une serviette humide pour les gaz, des bouchons d’oreilles,

avait avalé une lampée de triple malt, s’était mordu les lèvres,

et couvert le nez avec son chiffon

quand les roues ont martelé la piste de décollage

et qu’il se mit à monter, monter, monter et prier


Notre Père entre tes mains je remets mon âme

il entra en transe, ils ont raconté


Il mène la belle vie maintenant à Paris, envoie de l’argent

au pays avec western union à chaque fin de mois 

Sa mère fait construire une maison à Nairobi


Ainsi il rêvait,

Il était le petit garçon maigrichon

aux genoux cagneux et terreux qui

était plus rapide que les trains sur le quai

de la station Imara Diama sur Mombasa Road

et qui une fois sauta sur la voiture du Premier

Ministre dans la rue et dansa sur son toit

les deux index levés sous les acclamations

jusqu’à ce que la sécurité bondisse et le saisisse

le jetant au sol et le rouant de coups

Il faillit mourir ce jour-là


Sa mère était en train de regarder les news sur la BBC

distraitement, en repassant le linge d’une femme blanche quand ils

mentionnèrent Kenya Airways et elle 

vit la photo d’un jeune Indien un étudiant

de Londres qui s’était installé dans son jardin

pour bronzer. Quand un corps tomba du ciel et s’écrasa

À cet instant quelque chose dans son cœur se déchira

elle porta une robe à son nez et senti

l’odeur du kérosène et se mit à hurler à hurler

parce qu’elle savait que ce pauvre malheureux

tombé de l’avion était son fils


L’artiste et poétesse Amanda Holiday, née en Sierra Leone, vit au Royaume-Uni depuis l’âge de cinq ans. Ses œuvres ont été exposées à l’INIVA (institut international des arts visuels de Londres), ainsi qu’à la Tate Britain, et d’autres expositions sont en préparation avec Vivienne Roberts. Fondatrice de Black Sunflowers Poetry Press, Holiday est actuellement doctorante dans la section « Poetry, Race and Art » de l’université de Brighton, en Angleterre.

Sonia Félix-Naix est professeure agrégée d’anglais à l’université d’Angers, en France. Elle porte un intérêt particulier aux études de genre, aux études postcoloniales, ainsi qu’à l’héritage de l’esclavage et de la colonisation dans la littérature. Elle est actuellement doctorante et ses recherches ont pour objet la voix des femmes autochtones dans les romans polynésiens contemporains.

The original poem, "African Icarus" by Amanda Holiday is featured in Japa Fire: An Anthology of Poems on African and African Diasporic Migration (CivicLeicester, 2024) and is accessible here.

Comments

Popular posts from this blog

The heart your only compass

Anayo Dioha – Ode to Four Market Days | Poetry in Translation

Anayo Dioha – Ode an die vier Markttage | German Translation